L’AFIB veut mieux faire connaître le métier d’ingénieur biomédical
« La fonction d’ingénieur biomédical est un métier d’interface qui a besoin d’être valorisé », souligne Geneviève Gaschard-Wahart, présidente de l’Association Française des Ingénieurs Biomédicaux (AFIB).
Les 16èmes Journées de l’AFIB, organisées à Saint-Malo, du 16 au 21 septembre dernier, témoignent de l’implication étroite de cette profession dans les divers domaines de la santé.
« L’AFIB comporte environ 350 adhérents parmi les 500 à 550 personnes qui exercent cette profession en France », explique sa présidente, Geneviève Gaschard-Wahart (CHU de Poitiers). Les objectifs de l’association sont d’accompagner l’évolution de ce métier, né dans les années 1970, en fonction des avancées technologiques et des modifications de fonctionnement des établissements de santé. « Après s’être adaptés à la mise en oeuvre de la T2A, les ingénieurs biomédicaux doivent aujourd’hui réfléchir à la façon d’exercer leur métier, qui ne se limite plus simplement à l’achat et à la maintenance des dispositifs biomédicaux, ou au respect des réglementations. Leur expertise technique leur permet en effet d’assurer une fonction de conseil pour l’élaboration d’axes stratégiques dans les établissements de santé que ce soit au niveau politique d’investissement ou de projets techniques restructurants », complète-t-elle. « L’application de la loi HPST, qui introduit la notion de territoire de santé, pourrait aussi conduire les ingénieurs biomédicaux à intervenir dans d’autres établissements de proximité », ajoute Philippe Lorcy, ingénieur biomédical au CHU de Brest et président du Comité scientifique des 16èmes Journées de l’AFIB
« L’AFIB mène une politique active de communication pour valoriser notamment les différents aspects de la fonction d’ingénieur biomédical », explique G. Gaschard-Wahart. « Ceci est nécessaire », estime-t-elle. « Si ces ingénieurs sont aujourd’hui l’interlocuteur privilégié des professionnels de santé pour les dispositifs médicaux et appréciés par les directions des établissements, notamment en raison de leur regard transversal sur les activités hospitalières, le métier demeure cependant peu réglementé », regrette-t-elle.
L’AFIB développe des contacts avec les nouvelles Agences régionales de santé et poursuit des liens étroits avec les sociétés savantes médicales, les autres corporations d’ingénieurs hospitaliers, les industriels. Elle conduit également une veille technologique dans des domaines comme la radiologie, le bloc opératoire, l’anesthésie-réanimation, la biologie, et devrait en faire de même prochainement s’agissant des aspects réglementaires...
Les Journées de l’AFIB, qui ont rassemblé plus de 200 congressistes et 70 industriels, témoignent de ce rôle croissant des ingénieurs biomédicaux dans les activités de diagnostic et de soins. « Le congrès qui était organisé par la région Bretagne, avait choisi comme thème phare la cardiologie car plusieurs équipes médicales bretonnes, dont celle du Professeur Martine Gilard (CHU de Brest), victoire de la médecine 2009 en cardiologie, se sont illustrées dans cette spécialité », explique Philippe Lorcy. On y a parlé des techniques de médecine nucléaire avec l’arrivée de nouveaux traceurs, d’imagerie endocoronaire, dont la tomographie par cohérence optique, développée par Mme Gilard, méthode qui permet de voir l’intérieur des artères coronaires grâce aux rayonnements infrarouges. Avec les développements de la cardiologie interventionnelle, notamment pour traiter des valvulopathies, des salles hybrides sont de plus en plus requises qui associent imagerie et bloc opératoire, autre thème évoqué à Saint-Malo.
« Une session a aussi été organisée avec les 3 fabricants mondiaux (Siemens, Philips et General Electric) d’appareils associant IRM et TEP. Ces appareils, au coût élevé, d’environ 4 millions d’euros, pourraient être très intéressants pour le diagnostic et le suivi oncologique car ils intègrent l’imagerie métabolique de TEP et l’imagerie morphologique et fonctionnelle de l’IRM. Une vingtaine d’entre eux sont installés dans le monde, mais malheureusement pas en France. Il n’existe d’ailleurs pas de cotation spécifique», explique Philippe Lorcy.
D’autres communications se sont intéressées aux nouvelles techniques d’automatisation des laboratoires comme la spectrométrie de masse Maldi Tof en bactériologie, discipline où le travail se faisait jusqu’ici manuellement. Hervé Jacquemoud a aussi fait le point sur son expérience de gestion des images au bloc opératoire, aux Hospices civils de Lyon, « problème nécessitant une approche globale compte tenu de la complexité des besoins en flux vidéo », souligne Philippe Lorcy. Enfin, des sessions professionnelles ont permis d’avancer sur le projet d’e-learning, que l’AFIB développe actuellement avec la Société Française d’Anesthésie-Réanimation (SFAR) pour améliorer l’utilisation du matériel d’anesthésie-réanimation. Ou encore de préciser comment appliquer la nouvelle réglementation sur la radioprotection qui vise à mieux protéger les patients et plus seulement le personnel. « Une réglementation justifiée, mais coûteuse en termes de contrôle de qualité des appareils», rappelle Philippe Lorcy.
Corinne Tutin www.capitalmedica.fr - Novembre 2011